Mon matos




Salut.



Aujourd'hui je vais répondre à une question que beaucoup trop de monde me pose au quotidien : "Et t'as quoi comme matos ?"

Avant tout je dirai que pour la plupart des gens la réponse à cette question est inutile, et par extension la question elle-même. Imaginons dans quels cas la réponse pourrait être enrichissante :
1. La personne d'en-face veut juste s'assurer que je ne suis pas une de ces saloperies de pseudo-photographes qui shootent en noir et blanc avec leur téléphone et qui mettent la mention "Photography" derrière leur pseudo Instagram sous prétexte qu'ils ont trouvé la catégorie "filtres" de leur appli photo. Effectivement à notre époque cette problématique soulève des questions on ne peut plus légitimes, mais si t'es arrivé sur ce site tu te doutes bien en voyant son contenu que je ne bosse pas avec un téléphone éco-plus chopé à Gifi un jour de soldes entre le balai de chiottes fabriqué en Chine et la lampe de jardin en plastoc qui ne marchera plus dans trois semaines.
2. La personne souhaite elle aussi se lancer dans la photo et cherche à obtenir des références, des avis et des infos sur un éventuel prochain investissement. C'est ce que j'ai fait à une époque, mais à force de tomber sur des types qui avaient le budget de la Défense j'ai vite trouvé cette question assez dénuée d'intérêt.
3. La personne est elle-même photographe et est curieuse de savoir avec quoi bossent les collègues dont elles iront voir le travail le soir-même pour savoir comment éventuellement faire en sorte d'avoir de meilleures images à l'avenir. Cela peut donner lieu à des discussions très intéressantes.

Dans ces trois cas lorsque vous interrogez quelqu'un sur son matériel il vaudrait mieux être plus clair sur les infos vous aimeriez avoir, ça ferait gagner du temps à tout le monde. Et grâce à cette page je vais pouvoir moi-même arrêter de répondre à cette question. Paf.

Deuxièmement il faut savoir que quand on est photographe (ou musicien d'ailleurs), le "Et c'est quoi ton matoooos ?" revient souvent. Très souvent. Trop souvent. Est-ce que la première question que tu poses à un peintre concerne la marque de pinceaux qu'il utilise ? Bah non connard, parce que tout le monde s'en fout, il ne s'agit que d'outils dédiés à retranscrire une émotion, une idée, la sensibilité d'un regard particulier. Est-ce qu'il ne serait pas plus pertinent d'interroger quelqu'un sur de vrais sujets comme son style, sa façon de faire, comment s'est passé tel ou tel shooting que vous avez adoré sur son site ou comment il a réussi à capturer ce cliché complètement ouf sur lequel vous êtes resté scotché pendant une expo par exemple ? À vous de voir.

Troisièmement je pécise que j'ai choisi mes outils de travail après des semaines de recherches acharnées, le visionnage de centaines d'heures de tests et de comparaisons sur le net et la lecture de tous les avis et articles disponibles. J'ai donc investi en fonction de mes besoins, attentes et budget personnels à un instant T, ce n'est donc pas forcément ça qu'il vous faut si vous êtes venu chercher la recette miracle de "quoi acheter pour faire de bonnes photos", parce qu'encore une fois ce n'est pas l'appareil qui fait de bonnes photos mais le type qu'il y a derrière. Pour ça je vous invite à consulter mon article "Pourquoi les gens font des photos de merde".


Bref, venons-en au fait.


Niveau boîtier je voulais absolument avoir quelque chose de confortable, qui gère pas trop mal les hautes sensibilités, qui a un écran amovible et le bonton de focus arrière avec lequel je fais toutes mes mises au point (et qui coûte moins de 5000 boules, ça a beaucoup joué aussi), je me suis donc orienté vers le Canon EOS 80D. J'ai pris le parti de prendre un bon APS-C récent et neuf plutôt qu'un full frame obsolète bas de gamme et d'occasion pour un prix équivalent, et je pense avoir bien fait, mais ce n'est que mon avis.

Niveau optiques j'adore les grands angles, mais le premier objo que je me suis offert est le superbe, le célèbre, le magnifique 50mm f/1.8 STM. Tous les créateurs de contenu photo dont je suis le travail sur Internet le conseillent avec un enthousiasme non dissimulé, et j'ai vite compris pourquoi. Une excellente qualité d'image, une ouverture à 1.8, un autofocus rapide et précis, le tout pour une centaine d'euros... Difficile de faire mieux, en tout cas à ce tarif.
Maimaimais ! Avec seulement un 50mm sur APS-C, on se sent vite limité au quotidien. Je me suis donc intéressé de près au grands angles dispo sur le marché et ai opté pour le Canon 17-55mm 2.8 USM. D'ailleurs ça me fait penser qu'il faudrait que je sorte un article concernant les tests à faire pour acheter un objo d'occasion, ça pourrait permettre à certains de ne pas se faire refourguer une épave par un petit rigolo sans scrupules.

J'avais failli m'orienter vers le Tokina 11-20mm 2.8, mais après l'avoir loué et testé sur le terrain je l'ai trouvé presque aussi faiblard et mollasson que le vieux prof d'EPS que t'avais au collège. Le piqué est mou, l'autofocus a l'air en hibernation et se réveille parfois pour s'affoler et être totalement paumé, et même si la focale est impressionnante à 11 mm, c'est bien le seul point positif que je lui trouve. Pas de quoi dépenser 500 balles là-dedans.

À part ça je me suis trouvé un petit fisheye plutôt sympathique, le Samyang 8mm f/3.5. Le piqué à 3.5 est naze, du coup je il faut le mettre à 5.6 minimum. Le gros inconvénient avec cet objo est donc bien évidemment la faible ouverture du diaphragme, et certains grogneront aussi sur le fait qu'il soit en full manuel, mais sur un fisheye ça ne me choque pas plus que ça (le focus et l'ouverture sont gérés par des bagues, et le caillou n'est pas relié électroniquement au boîtier, donc pas d'exifs). En fait c'est le tout manuel qui fait que son prix est presque aussi bas que le budget annuel que Nabilla dédie à la culture littéraire.
Au final quelques mois après avoir écrit cet article j'ai décidé de le revendre, car bien que j'aime le fisheye en général je ne me servais pas de celui-ci à cause de la trop faible ouverture du diaphragme. Inutilisable en photo de concert.

À la place je me suis dégotté un piti 24mm pour à peu près le même prix que le Samyang, objectif qui a d'ailleurs un article dédié.


objectifs
De gauche à droite : 70-200mm, 24mm "pancake", 17-55mm.
Photo prise au 80D avec le 50mm f/1.8 STM.

Je me suis ensuite mis à louer le très célèbre Canon 70-200mm 2.8 L II USM (aussi appelé "le rasoir" par certains) durant l'été 2018 pour ne pas être limité à la plage focale de 17 à 55 mm lors de gros festivals, mais vu le prix à la location j'ai préféré l'acheter. À terme ça me revenait à moins cher que de le louer pour chaque concert ou festival, et au moins je suis sûr de l'avoir sous la main quand j'en ai besoin. Un incontournable, et de plus un véritable bijou. Il mérite clairement que je lui alloue un pourcentage non négligeable du poids que j'ai sur le dos toute la journée en festoche.

MISE À JOUR DE DÉBUT 2019 :
En ce début d'année j'ai cassé ma tirelire pour passer au plein format. Boîtier Canon 5D Mark IV et objectif 24-70mm f/2.8 L II USM... Putain entre ça et le 70-200 ça coûte la peau de tous les culs d'une ville, mais ce sont vraiment de pures merveilles ! J'ai inauguré ce petit arsenal de gros calibres à l'occasion du concert anniversaire des 25 ans de Initial Big Band, et la qualité de ces engins m'a tellement ébloui que j'en cligne encore des yeux.


What's in my bag ?
What's in my bag ?
Photo prise au 80D avec le 24mm f/2.8 STM.

Accessoires


Parmi le matériel d'un photographe, on trouve aussi bien d'autres choses (ben oui, un boîtier et quelques objos, ça serait trop facile).

Le sac a (à mon sens) une importance capitale. J'avais repéré celui de Peter McKinnon dans ses vidéos, le Lowepro ProTactic 450 AW... Bon il est pas donné, mais après 1 min 24 secondes et 8 centièmes à faire des recherches j'avais trouvé le même modèle juste la taille en-dessous sur LeBonCoin, la version 350 AW. J'ai regardé les autres annonces et me suis renseigné sur tous les modèles, et c'est celui-là que j'ai finalement été chercher. Le AW de la référence signifie "all weather", "toutes conditions météo". Après avoir vu Peter se balader avec dans la neige et sous la pluie ça me paraissait évident, mais c'est toujours bon à savoir. En plus des bastons et de la poussière des festoches le mien s'est pris quelques grosses pluies sur le museau, et j'étais bien plus tranquille que si j'avais eu l'un des sacs random que je vois au dos de certains collègues.
Ce sac est d'excellente facture et très bien pensé, les cloisons amovibles internes ne bougent pas d'un poil, et même plein il est confortable à porter et protège très bien le matos. Alors certes, étant grand je trouve ce sac un peu court au niveau du dos. C'est pas la mort, mais la version 450 AW est tout de même sur la liste de mes prochaines dépenses, notamment pour accueillir mon futur 16-35 ;-)
À côté de ça j'ai une housse qui se porte en bandoulière et qui ne permet de prendre qu'un boîtier et un ou deux petits objos. Utile pour faire une simple balade.

La sangle
J'ai testé la fameuse sangle fournie d'origine avec les boîtiers, et c'est tellement de la merde que je l'ai finie à la hache.
Je me suis même dit que j'aurais plus de chances de faire tomber mon appareil avec la sangle que sans. J'ai donc immédiatement viré cette saloperie et ai fait mes premiers concerts avec 2000 balles dans la main droite sans autre protection qu'une main crispée. Comme tu t'en doutes c'était une mauvaise idée, mais c'est en faisant des erreurs qu'on apprend. Je l'ai senti passer ce Yaouank : 12h d'affilée à tenir 1,5 kg à bout de bras, faut avouer que c'était pas de la rigolade. Déjà la peur de faire tomber mon matériel était omniprésente, mais il y avait aussi la crispation constante de la main et de tout le bras.
J'ai fini par investir dans une sangle Blackrapid pour avoir l'appareil en bandoulière, et j'ai bien fait. Une bonne sangle, ça vous change la vie de façon inimaginable, et quand j'ai dû me mettre à porter mon matos de 10h à 3h du matin sur trois festivals et deux tournages en moins de deux mois, j'étais bien content d'avoir cette sangle.

Bon, sinon on pourra retrouver dans mon sac une lampe frontale, toujours utile pour rentrer de nuit ou chercher quelque chose dans le noir pendant un concert (je conseille la lumière rouge dans ce cas, discrétion oblige), une bouteille d'eau et un paquet de biscuits, indispensables pour cavaler pendant des heures, un stock de cartes SD et batteries, un filtre polarisant, un carnet, un crayon, une trousse d'entretien pour les objos contenant du produit pour lunettes (en cas de traces grasses sur une lentille), des chiffons en microfibre, un lenspen et une poire soufflante pour la poussière, un décapsuleur coupe-ongles porte-clés, une télécommande pour déclencher à distance, des médiators Riki Le Plectrier (pour si quelqu'un laisse traîner sa gratte, mouaha !), des bouchons d'oreilles moulés sur mesure (avec en supplément quelques paires en mousse, parce que je croise toujours des minettes qui vont à leur premier concert de metal et qui headbanguent avec les doigts dans les oreilles), un foulard pour les festivals poussiéreux, des chaussettes de rechange, mouchoirs, lunettes de soleil, cartes de visite, etc...

On ajoutera à tout ça un trépied Manfrotto, que je n'emmène bien évidemment pas sur des concerts mais souvent utile par ailleurs.

Eh oui, ça fait un paquet de trucs à trimballer, on est d'accord ! Et à acheter. Et à entretenir. À titre d'exemple : rien qu'en batteries et cartes mémoires j'en ai pour 1/2 SMIC environ, et ce n'est pas grand chose à côté du reste.

Et puis un ordi qui tourne pas trop mal, un écran calibré qui restitue correctement l'image, des logiciels payants, un bon gros stock de disques durs (18 To au moment où j'écris ces lignes), une souris qui tient la route, une tablette graphique, une console MIDI pour piloter Lightroom, un bureau, un siège de bureau digne de ce nom pour y passer des semaines entières jour et nuit (oui oui, il m'arrive d'y passer jusqu'à 15h d'affilée), l'hébergement d'un site web (l'hébergement tout court aussi, lolilol)... je compte tout ça comme étant des investissements photo. Oh et puis un véhicule aménagé dans lequel je peux dormir pour traverser la France par mes propres moyens, son entretien, carburant, assurances...

Du coup pas la peine d'halluciner quand un photographe vous dit qu'un shooting n'est pas gratuit : en plus de son temps (temps de préparation, de déplacement, temps passé sur le shooting, temps de traitement des photos en post-prod, temps d'envoi des images, temps passé à mettre à jour des sites), son énergie, son savoir-faire et son talent, il faut noter qu'il a lui-même énormément investi d'argent, et qu'il se met entièrement à votre service ! Sur ce sujet je vous conseille le compte Instagram "Respecte ton artiste" et la page FB "Pigeon Gratuit" qui montrent le genre de messages qu'on peut recevoir dans nos métiers, il y a des perles.

Allez, à peluche.
C'était Tigroo, over.
Note : dans cet article je cite quelques noms de marques par-ci par-là, et bien qu'aucun contenu ne soit sponsorisé sur ce site je me verrai contraint d'accepter d'éventuels petits (gros) chèques de remerciement pour cette pub, ne serait-ce que par correction envers des gens bien intentionnés, pouët.